EGLISE IMMACULEE CONCEPTION

HELIOPOLIS, LE CAIRE, EGYPTE

LES ORIGINES DE L'EGLISE GREC MELCHITE CATHOLIQUE

 

Historique de la Communauté

        Larges extraits d'une "Synthèse" de Mgr Joseph Nasrallah, L' Exarque de Paris, sur l'"HISTOIRE de L’ÉGLISE MELCHITE des ORIGINES à NOS JOURS" (publiée dans Le Lien 2/82).

(Nous respectons ici l’orthographe "melchite" de Mgr Nasrallah).

 Introduction Historique

                 Contrairement aux autres églises orientales, catholiques ou non, I'Église melchite n'est pas une Église nationale. C'est une Église particulière, dans le sens canonique du mot, répandue dans tout le Proche-Orient arabe et dans une diaspora qui prend de l'ampleur de plus en plus. Elle est l'héritière légitime des trois sièges apostoliques d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem. Ses origines se confondent avec la prédication de l’Évangile dans le monde gréco-romain de la Méditerranée orientale et l'extension du Christianisme au-delà des limites de l'Empire. La formation des patriarcats d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, les premiers au concile de Nicée (325), le troisième à Chalcédoine (451), I'ont façonnée et en ont fait une entité territoriale et juridique.

L’Église melchite doit son caractère d'Église particulière à deux fidélités, celle à l' Empire de Byzance et celle aux sept premiers conciles œcuméniques. Elle ne prit son nom de Melchite cependant qu'à la fin du Ve siècle. Ce sobriquet, inventé par ses détracteurs, les Monophysites, pour stigmatiser sa fidélité à l'empereur (malka en syriaque) Marcien qui avait réuni le concile et au concile de Chalcédoine, est le label de son orthodoxie envers la Cattolica.

              De nos jours, au point de vue sociologique, I'Église melchite offre une homogénéité ethnique étonnante: son patriarche, son épiscopat, son clergé tant régulier que séculier, ses fidèles sont (surtout) arabes.

              La conquête arabo-islamique du Vlle siècle fit passer en quelques années l'aire des patriarcats melchites sous domination non chrétienne: Alexandrie, Antioche et Jérusalem seront en Terre d' lslam jusqu 'à la domination ottomane de 1516. À de rares exceptions, les chrétiens ne subiront pas de persécutions, mais un régime de vexations, de sujétions; ils seront désormais des dimmis des protégés. Ils assumeront avec résignation et courage leur nouveau rôle de témoins du Christ en Islam. N'ayant plus de possibilité de jouer un rôle politique, les Melchites - comme d'ailleurs les Jacobites et les Nestoriens - se tourneront vers les professions libérales, surtout la médecine, et seront les artisans de la version en arabe de l'héritage philosophique, médical et scientifique de la Grèce antique.

            La reconquête byzantine de l'Antiochène ne dura qu'un siècle (960-1085). Elle eut pour conséquence la byzantinisation de la liturgie des trois patriarcats. L' adaptation des coutumes liturgiques de la Ville impériale sera à peu près consommée à Antioche à la fin du XlIle siècle.

Mais ce que le halo, qui entourait le trône œcuménique ne put exécuter, c'est-à-dire entraîner l’Église melchite dans le schisme, les Croisés en préparèrent le terrain. En effet, des patriarches et des évêques latins remplacèrent les hiérarques melchites (sauf à Alexandrie). L'Église locale fut soumise à une Église étrangère. Une sorte d' "estrangement" s'établit entre les deux, sans que la première, cependant, rompît ses relations avec Rome.

             Le règne des Mameluks (1250-1516) ne mit pas seulement fin aux possessions franques en Orient, mais fut une période cruciale pour les Communautés chrétiennes: persécutions, destructions, massacres furent leur lot. C’est durant le règne de ces "esclaves" couronnés que le christianisme accusa une forte régression; des régions entières furent islamisées ou vidées de leur population. Cependant le "petit reste" perpétua sa mission qui prit de plus en plus un caractère de témoignage et de fidélité au Christ. Les confesseurs et les martyrs n'y manquèrent pas.

              La conquête ottomane (1516-1918) ne fut pas plus clémente, du moins jusqu'au XVlle siècle. Il y avait longtemps qu'on avait cessé de voir dans les chrétiens "des protégés", pour ne plus se souvenir que de leur qualité d'infidèles. Les pachas avaient toute liberté d'action à l'égard de cette catégorie d'administrés, privés de moyens légaux de protestation.

            Désormais tout l'Orient dépendait d'une seule autorité, celle du sultan. Ce dernier sut mettre à profit la situation. Constantinople deviendra non seulement capitale politique d’un immense empire, mais capitale religieuse de l'Orient, comme Rome l'était pour l'Occident. Le patriarche œcuménique fut appelé à exercer une autorité sur les hiérarques melchites. Leur confirmation et parfois leur élection dépendent désormais du Phanar. La hiérarchie d'Alexandrie et de Jérusalem s'hellénisa complètement. A partir de 1534 jusqu'à nos jours, tous leurs sièges épiscopaux furent attribués à des grecs. Les deux patriarcats se coupèrent ainsi de la Cattolica pour embrasser le schisme. L'Hellénisme n'eut pas de prise sur Antioche dont les patriarches étaient choisis dans le clergé indigène; ils conservèrent pour la plupart des liens avec Rome. Le patriarcat profond ne varia pas dans sa croyance, même lorsque l'un ou l'autre de ses hiérarques se trouva être plus favorable à Constantinople qu'à Rome. Une Église n'est pas formée uniquement de son chef; elle comprend aussi les évêques, le clergé et le peuple. Les fidèles portent en eux-mêmes un sens de la vérité, un instinct sûr qui lui permet de la reconnaître. Parce que le Pape Honorius pencha vers le monothélisme, eut-on jamais l'idée de déduire que l’Église d'Occident embrassa cette hérésie?

            L'échec de l'Union tentée à Florence servit de leçon à Rome. L'établissement d'une communion formelle avec une Église orientale devait s'opérer par la base et non par le sommet. Dans un premier stade, des missionnaires (Jésuites, Capucins, Carmes, Franciscains) se mirent au service de la hiérarchie locale et coopérèrent avec elle. Des pasteurs qui n'étaient pas en communion formelle avec Rome encourageaient leurs ouailles à s'adresser aux missionnaires. Le peuple sentait la nécessité d'une intelligence plus profonde de la foi traditionnelle qu'il vivait malgré mille ans de répression. Il aspirait à la trouver auprès de religieux plus instruits que son clergé. Des deux côtés, on était assuré de participer à une même foi. Cependant, une fraction attirée par le renom de la culture occidentale et sa civilisation prit en bloc ce que la latinité lui apportait. C'est ainsi qu'après quelques décennies l'ont vit apparaître une nouvelle manière de concevoir la foi traditionnelle. Le comportement de ces nouveaux "catholiques" fut considéré comme une trahison et une mutation de la foi ancestrale par une fraction attachée à son passé. Ainsi la communion dans la foi avec la Cattolica qui n'avait cessé de fleurir dans le patriarcat d'Antioche fut mise en question et deux manières de la concevoir firent leur apparition. L'identité antiochienne se perdit. Une fraction de ses fidèles pencha vers Byzance et devint plus constantinopolitaine qu'antiochienne, et l'autre vers Rome avec une forme de relation plus romaine que fidèle à la foi de l'Église locale. De sorte qu'à la mort du patriarche Athanase en 1724, une double lignée de patriarches fut instaurée, I'une orthodoxe et l'autre catholique. Elles durent jusqu'à nos jours.

           Date fatidique que celle de 1724, deux hiérarchies parallèles, deux communautés sœurs qui se déchirent sous l'œil bienveillant des Turcs, qui accordent le siège patriarcal et les évêchés aux plus offrants. Les martyrs et les confesseurs ne manquèrent ni à l'une ni à l'autre. Deux routes divergentes et deux destinées conduisaient désormais les deux Églises, la catholique et l'orthodoxe.

          La première, puisque c'est d'elle que nous devons parler, (c.à.d. I'Église Grecque-Melchite-Catholique), s'organisa intérieurement. De nouveaux Ordres monastiques furent fondés, un clergé éduqué à Rome dispensait l'enseignement dans des écoles nouvellement fondées. Un séminaire fut ouvert à Aïn Traz (1811 ). Malgré une crise de croissance qui dura jusqu'à la fin du XVlIle siècle, dûe surtout à l'antagonisme des nouvelles congrégations monastiques entre elles, I'Église melchite trouva son équilibre, des conciles locaux la dotèrent d'une organisation solide et, ainsi, elle s'étendit et se développa. La providence lui ménagea, au XlXe siècle, deux grands patriarches: Maximos Mazloum (1833-1855) et Grégoire Joseph (1864-1 897 )

           Trois ans après son élection, Mazloum perfectionna la législation canonique de son Église (conciles d'Aïn Traz, 1835, et Jérusalem 1849). Il étendit sa sollicitude au patriarcat d'Alexandrie, car fuyant les persécutions des orthodoxes, des catholiques de Syrie et du Liban avaient émigré en Égypte. Mazloum leur sacra un évêque, leur envoya des prêtres et dota les nouvelles paroisses d'églises et de fondations charitables. Il fit de même pour le patriarcat de Jérusalem. Mais Mazloum est surtout connu pour avoir été l'artisan de la reconnaissance par le sultan de l'indépendance complète de son Église, tant au point de vue civil qu'au point de vue ecclésiastique (1 848).

           Le long patriarcat de Grégoire Joseph fut des plus glorieux et des plus féconds. Durant 33 ans, mesurant ses actions à leurs conséquences possibles sur l'œuvre capitale de l'union des Églises, il travailla à réaliser son vaste plan de restauration de son Église. Il voulut la réaliser dans le sens de la pure tradition orientale. D'où sa position à Vatican I par laquelle il s'opposa à l'opportunité de la proclamation des dogmes de la Primauté et de l’infaillibilité du Pape dans le sens qu'entendait la majorité des Pères. Il lutta contre le Protestantisme qui pénétrait en force en Orient, en fondant les collèges patriarcaux de Beyrouth (1865), et de Damas (1875). En 1866, il rouvrit le séminaire d'Aïm Traz, mais surtout fut à l'origine de celui de Sainte-Anne de Jérusalem (1882). Il prit une grande part au Congrès eucharistique célébré à Jérusalem en 1893. Ses suggestions ne furent pas étrangères à l'élaboration de l'encyclique Orientalium Dignitas, véritable charte des Églises orientales, par laquelle Léon XlIl ordonna le respect le plus absolu des droits des patriarches et de la discipline orientale, corrigeant, sur plus d'un point, I'esprit de la majorité des missionnaires latins.

          Nous nous souvenons tous de la grande figure de Maximos IV (1947-1967) et de son action à Vatican II. On a dit de lui avec raison qu'il a été l'un des Pères qui firent le Concile. En effet, ce dernier lui doit maintes de ses orientations. Peut-être que, eu égard au petit nombre de fidèles de son Église, sa hardiesse parut téméraire à certains. Mais lui était conscient qu'il parlait au nom du "frère absent", de la grande Église orthodoxe qui ne compte pas moins de deux cents millions de fidèles. Il puisait sa force et son mordant dans la conception qu'il avait de son Église, pont entre Rome et l'Orthodoxie. Depuis son élévation sur le trône patriarcal, son successeur, S B. Maximos V Hakim (22 novembre 1967, suit la lancée de son prédécesseur, tout en prêtant une attention particulière au problème de la Diaspora de son Église. Plus de la moitié de ses effectifs vit, en effet, en dehors des limites imposées à notre Patriarcat.

J. Nasrallah, Exarque patriarcal, Paris

 

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